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 The fire's found a home in me. ¤ Toby

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MessageSujet: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Mer 25 Nov - 22:58

Il n'aurait pas cru avoir un mal de chien ce jour là. Tout allait bien jusqu'ici, aucun patient n'était décédé, le chef du service ne l'avait pas pris en grippe et chaque événement avait été mis sous contrôle en un temps record. Lenyn avait l'habitude des gardes de nuit, c'était peut être les moments qui lui plaisaient le plus même si bon nombre de ses collègues avaient du mal à comprendre. Il y avait moins de monde à traîner dans les couloirs, moins de chefs sur le dos et la liberté avait toujours une saveur particulière. Ce qui était parfois compliqué, c'était les urgences qui arrivaient à la suite de graves accidents liés à l'alcool ou autres et bien souvent, on rameutait le plus de monde possible pour désenclaver l'hôpital. Lenyn faisait partie de ces infirmiers là, à devoir faire des intraveineuses à deux heures du matin sans louper la veine de fatigue. Il prenait son temps, souriait à la ronde parce que c'était ce qui le caractérisait, même quand la douleur le paralysait... Celle psychologique était bien difficile à gérer par moments surtout lorsqu'il tombait sur des cas similaires à ce qu'il avait vécu. Ce soir là, c'était une adolescente frappée par ses parents que l'hôpital avait sauvé du désastre. Forcément, Lenyn était sur l'affaire et aux petits soins avec elle, sauf qu'il en oubliait qu'il y avait des règles et qu'en forçant la jeune femme à dénoncer ses géniteurs, il risquait les foudres d'une famille toute entière... Forcément, Lenyn ne s'attendit pas au coup de poing qui lui éclata l'arcade sourcilière alors qu'il sortait de la chambre de l'adolescente pour un check-up demandé par le médecin. Le père fut vite maîtrisé par la sécurité après cela mais l'arcade de Lenyn, c'était une autre affaire. On le poussa à demander les talents d'un interne pour faire le job, sauf que bon nombre d'entre eux étaient en plein sur des traumas graves. En attendant le messie, il alla se poster dans une salle d'examen et prit le temps de désinfecter la plaie, il n'avait rien de mieux à faire de toute manière. Il avait sûrement raté une occasion de se taire, Lenyn le savait bien, rien n'était jamais simple quand on était un adolescent paumé et qui avait toujours vécu sous le joug d'une autorité parentale extrême. Au moins, on avait pris l'homme pour un père délirant et les collègues étaient vite intervenus pour sauver Lenyn de la disgrâce. Voilà ce qu'on récoltait à vouloir se mêler de ce qui ne le regardait pas. Il avait fallu qu'il s'identifie à la jeune fille, tout comme il se perdait dans les méandres des diagnostics d'autres patients de son service qui souffraient autant que lui avait souffert en son temps. Tout était fini pour lui pourtant, Lenyn était libéré de ce fardeau, il avait un métier qu'il aimait particulièrement et plus personne ne viendrait le torturer...
Du moins c'était ce qu'il pensait jusqu'à ce que la fameuse interne passa sa silhouette à travers les rideaux. Il ne pouvait que la regarder, en tentant de compresser la plaie, un peu paumé de voir une interne en traumatologie se charger de ses coquarts. Lenyn ne devait pas s'en soucier, il avait déjà créé assez de catastrophes pour la nuit, on pouvait le lire dans ses yeux fatigués alors qu'il tenta un faible sourire vers Toby. "Tu devrais être en traumato' non? J'veux dire, mon arcade, c'est pas le plus urgent quoi..." Il était souvent maladroit, il fallait dire que la présence de la jeune femme l'avait toujours rendu fébrile, sans qu'il ne sache pourquoi. Toutes ces réactions corporelles, Lenyn ne les connaissait pas. Il avait passé des années dans le noir au sens propre puis figuré, il n'avait jamais pu expérimenter les petits bonheurs de la vie. "Mes condoléances pour ton patient de début de soirée..." Lenyn savait tout. Tout le temps. Sur Toby, plus que les autres, même si c'était inconscient comme phénomène, clairement. "En tout cas, sache que t'es un excellent élément et que mes collègues infirmiers de traumato' sont particulièrement fans de toi." A croire qu'il y avait de la morphine dans sa compresse, ouais. Il devait mettre son attitude sur le compte de la fatigue, des émotions emmagasinés, sûrement. "J'sais franchement pas pourquoi j'parle autant, surtout que j'suis à peu près sûr que tu connais pas mon nom..." Le phénomène fantôme, voilà comment Lenyn l'appelait parce qu'il était discret, toujours, mais pas sur ce coup là. Il avait pris un coup sur la tête après tout, dans tous les sens du terme, probablement.
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Ven 27 Nov - 1:00

The fire's found a home in me.


Le plus dur c’était de perdre quelqu’un. J’en avais vu des morts en Afrique. Mais c’était pas pareil. Et à chaque fois, on a beau en avoir vu mille fois, avoir essayé de ne pas trop se laisser toucher par ça, ça fait toujours mal. Ca me donne toujours une sorte de vertige et un truc rance dans la bouche. Comme un arrière gout, une boule qui reste dans le fond de ta gorge, comme si elle venait de tes entrailles. Et tu voudrais hurler. Parce que c’est injuste une mort. Et que ce petit garçon n’avait pas mérité de mourir. Il y avait une colère pas possible qui montait en moi. Blessure par balle. Le projectile avait perforé son poumon de part en part, et le fait qu’en tombant il se soit cogné la tête contre le cadre du lit n’aidait pas. Il n’y avait pas eu grand chose à faire. C’était triste et le constat avait été fait rapidement. Et ça me rongeait. J’avais demandé à rester avec lui. C’était bizarre. J’étais à son chevet et je n’avais pas l’habitude d’autant de confort pour les -trop- nombreuses fois ou j’avais du veiller un patient jusqu’à sa mort. « Je suis là, t’en fais pas. Ca va bien se passer » je posais ma main sur son front et m’assurait qu’il était le mieux installé que possible. Dehors son père était en larmes et la mère ne voulait plus lui adresser la parole. Le port d’arme légalisé. Une débilité selon moi. Mais ça c’était peut être mes convictions personnelles, et je n’avais rien dit en apprenant ce qui avait amené le petit Tomas aux urgences à dix-huit heures. On entend des horreurs parfois. Un gamin qui joue, qui cherche les cadeaux de Noël. Tombe sur l’arme de son père en haut de la grande armoire. Le coup qui part. Une chose est sûre l’enchainement n’est pas évident. Mais mortel. C’était pas notre souci. La police était là. C’était à eux de régler ça.

Il était coriace Tommy. Mais bientôt les machines se mirent à biper et la mère à sangloter. Je me précipitais dans la pièce. « Madame Edgecombe, je suis vraiment désolée. » dis-je furtivement alors que je regardais Tommy s’éteindre. C’était injuste. Je serrais mon poing et sentis les jointures craquer. On me demanda de prononcer l’heure du décès, ce que je fis avant de baisser la tête. Je me sentais mal mais terminais ce qui restait à faire maintenant.

Et apparemment, il y a eu du grabuge un peu aussi aux urgences. Je savais pas vraiment quoi, mais il y avait eu de la bagarre et des coups avait fusé. Surprise, mais aussi assez -paradoxalement- heureuse parce que j’allais pouvoir penser à autre chose que le petit Tommy, je me rendais là où il fallait apparemment prodiguer des soins. Il passais dans le petit isoloir et vis que c’était Lenyn. Inconsciemment je regardais tout de suite l’étendue des dégâts et me mordais la joue intérieurement. Je ne savais pas pourquoi, mais le voir là, avec sa compresse posée sur son arcade, ça me donnait des frissons. Je n’aimais pas ça. Allez savoir pourquoi. Je retrouvais mon professionnalisme et sourit doucement avant de m’approcher de lui. "Tu devrais être en traumato' non? J'veux dire, mon arcade, c'est pas le plus urgent quoi..." je lui souris mais ne répondis pas. Doucement je posais ma main sur sa joue et lui fit signe de retirer la compresse pour l’examiner. Il avait eu le bon réflexe. Il allait avoir besoin de quelques points. Mais rien de bien grave. "Mes condoléances pour ton patient de début de soirée..." je le regardais surprise, retirant mes mains de son visage. « Oh …  » c’était con, mais, c’était agréable à entendre. Pourtant, sa mort n’aurait pas du me toucher moi. J’étais qui, j’étais qu’une interne, et encore peut être pas la meilleure. Je ne connaissais Tommy que depuis quelques heures. Mais ça m’apaisait. "En tout cas, sache que t'es un excellent élément et que mes collègues infirmiers de traumato' sont particulièrement fans de toi." immédiatement mes joues se mirent à rosir et je ne pus m’empêcher de reculer un peu. J’étais un peu surprise, et prise au dépourvu. "J'sais franchement pas pourquoi j'parle autant, surtout que j'suis à peu près sûr que tu connais pas mon nom..." je me mis à rire doucement. Nerveusement aussi, bien entendu. C’était pas contre lui. C’était la situation qui me faisait rire. C’était. Tellement improbable. « Excuse moi. C’est …  » j’essayais de reprendre un peu de contenance, c’était aussi tout le stress de la soirée qui retombait. « Bien sûr qu je connais ton nom  Lenyn. » soufflais-je. « Je pensais pas que … » que quoi? « que j’étais un bon élément »? bon il faut pas se prendre pour un boss -même si ça aide parfois- mais bon. « Enfin merci. » dis-je en rosissant encore un peu plus. « Aherm. Disons que, m’occuper de toi, ça va me changer un peu les idées. ». J’allais vers le petit lavabo et me lavais minutieusement les mains avant de m’approcher de lui de nouveau. « Laisse moi voir ça de plus près » soufflais-je plus pour la forme. Je me retournais doucement et pris une compresse stérile et du désinfectant. « Attention ça va piquer un petit peu » dis-je un demi sourire aux lèvres avant de commencer tout abord par nettoyer la plaie. « Qu’est ce qui s’est passé? » demandais-je alors que j’allais passer au désinfectant.


Dernière édition par Toby Van Der Bilt le Mar 1 Déc - 17:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Sam 28 Nov - 18:34

Il avait un poids au fond de la poitrine depuis cet échec cuisant. C'était le syndrome Lenyn, celui du héros déchu, qui voulait sauver le monde alors qu'il était déjà bien incapable de se sauver lui-même. Il était bien désespéré pour être tout à fait honnête parce qu'il n'était pas fait pour vivre dans un monde aussi ingrat que celui-là. Lenyn aurait aimé pouvoir dire qu'à son retour à la réalité, il s'était intégré mais en vérité, il était surtout perdu. Les gens autour de lui ne semblaient pas prendre en compte les malheurs des autres, il en était témoin tous les jours à l'hôpital et finalement, les gens qui étaient là par pure philanthropie, il y en avait peu. Lenyn ne connaissait que peu de monde, c'était vrai, étant donné qu'il était du genre discret et loin des affaires des autres pour se protéger mais pourtant, il savait que Toby était éprise de son travail et de l'humanité. Il avait déjà entendu dire dans les couloirs qu'elle revenait d'Afrique, qu'elle avait risqué sa vie pour en sauver bien d'autres et Lenyn était reconnaissant qu'un tel courage existe, lui n'en semblait pas capable. Il fut un temps où il aurait pu rêver de grandeur et de partir à l'autre bout du monde mais ses parents avaient vite fait en sorte de détruire tous ses rêves en même temps que son âme dans la plus horrible des infamies. Il aurait aimé pouvoir effacer toutes les images, comme celles que devaient certainement subir Toby lorsqu'elle repensait à son expérience sur l'autre continent. Il aurait rêvé pouvoir effacer la souffrance qu'il avait relevé dans le regard de l'adolescente de tout à l'heure mais Avery était bien impuissant face à la misère de ce monde, tout comme il avait été impuissant pour se battre contre la sienne. Et voilà le résultat, il se retrouvait au beau milieu des urgences quand des blessés par balle arrivaient et il monopolisait l'attention de Toby alors qu'elle devait avoir fort à faire ailleurs. Finalement, Lenyn commençait à culpabiliser de son comportement avec l'adolescente, il aurait dû ne rien dire, il était bon dans ce domaine habituellement alors il fallait qu'il arrête absolument d'être touché par le destin de gens qui vivaient des expériences similaires à la sienne.
Pour le moment, il tentait d'éviter le regard de la jeune femme étant donné qu'il ne lui laissait que très peu d'occasion de placer deux mots. Pour être tout à fait honnête, Lenyn était angoissé. C'était une des émotions qu'il connaissait le mieux vu qu'il l'avait ressenti durant des mois d'affilée, dans le noir d'une cave de maux. Cette fois, l'angoisse prenait une autre dimension alors que le jeune infirmier déglutissait alors que Toby le remerciait de ses quelques mots. Il ne savait pas très bien pourquoi il lui disait tout cela, certainement que le coup donné par le fou lui avait mis les neurones à l'envers, c'était l'explication la plus plausible. Lorsqu'elle avoua connaître son prénom, Lenyn releva son regard vers elle, un demi sourire aux lèvres. Timide, un peu perdu, du sang qui avait coulé sur sa blouse par dessus le marché, le tableau qu'il rendait n'était pas bien glorieux mais il fallait passer outre, le moment l'exigeait. "J'aurais pas cru que tu l'savais... J'ai un peu tendance à passer inaperçu donc... Mais, en tout cas, continue comme ça, les patients t'adorent... Et puis, t'en as p'tet perdu un ce soir mais il paraît que t'es restée jusqu'à la toute fin, ton titulaire voit quelque chose en toi, c'certain." Lenyn entendait beaucoup de choses de par sa position et c'était aussi bien qu'il soit le relais entre les titulaires et leurs internes et résidents, sans cela, il n'y avait que peu d'espoir qu'ils tiennent leurs nombreuses années d'études. Lenyn la regarda sortir le désinfectant et grimaça avant même que sa peau en fut touchée. Ce n'était que pure réaction chimique puisqu'il avait tendance à ne plus rien ressentir physiquement et effectivement, lorsqu'elle posa le désinfectant sur son arcade, il ne tressaillait plus. "Ce qui s'est passé? J'dirais que j'étais hors de mon champ de compétences alors j'ai payé. Le père d'une patiente m'a pris pour un punching ball au lieu de sa fille parce que je lui ai procuré des conseils pour qu'elle sorte de son joug... Il a pas apprécié mon intervention. J'voulais juste qu'elle arrête de souffrir à cause de ses parents, c'plus possible d'avoir encore ça en face, fallait que j'fasse quelque chose, c'était débile." Il regrettait oui, il ne pouvait pas dire le contraire, lui qui n'aimait pas tellement faire de vagues. Il leva ses yeux d'un noir de jais vers ceux de Toby ensuite. "Tu faisais comment pour vivre face à tout ce malheur quand t'étais dans l'humanitaire? J'aurais bien eu besoin d'ta force ce soir." Il l'admirait certainement pour tout cela mais Lenyn était bien incapable de l'avouer. Il pouvait tout simplement échanger avec elle de la force de son regard et d'un sourire parce que c'était tout ce que ses parents n'avaient pas réussi à lui enlever. Le reste de lui était meurtri, pour toujours, si on ne le sauvait pas.
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Mar 1 Déc - 23:53

The fire's found a home in me.


J’étais dans un état de nerfs un petit peu particulier. Et pour tout dire, j’avais besoin de penser à autre chose. Me changer les idées. On devait s’habituer à la mort quand on était médecin. c’était ce que j’avais beau me dire tous les jours, et pourtant je n’y arrivais pas. Alors ça me faisait me poser de question. Est ce que c’était fait pour moi en fin de compte? Je doutais parfois. J’avais toujours voulu aider les gens. Mais est ce qu’en définitive j’en étais capable. C’était pas bien. Ill ne fallait pas penser à ce genre de chose dans un lieu pareil. Ca ne peut donner rien de bon. Rien de bon … je marchais dans les couloirs pour évacuer cette peur, cette idée. Non j’étais là. J’étais Toby Van Der Bilt. Médecin en devenir. J’aidais le gens c’était mon but, c’était la raison pour laquelle j’étais là. La raison pour laquelle ne j’étais pas retournée en Afrique il y a deux ans. C’était une décision que je questionnais encore aujourd’hui. Peut être que ça aurait mieux valu. Peut être pas. Même les gens qui sourient tout le temps ont des moments de doute, de remise en question. Mais c’était toujours passager chez moi. Je n’étais pas une personne qui restait accrochée au mal, et il fallait toujours que je voie le bon côté des choses. Il y avait toujours une autre raison de continuer à vivre. Et ça … c’était une grande force tout comme une grande faiblesse.

Cela me rendait aussi probablement d’une naïveté assez profonde. C’était parfois comme si j’étais une gamine le jour de Noël et je pouvais comprendre qu’on n’aime pas ma bonne humeur à toute épreuve. Mais j’aimais à croire que dans chaque journée qui passait il y avait un petit peu de soleil. Ne dit-on pas qu’après la tempête revint toujours le beau temps?  J’y croyais dur comme fer. Je ne devais pas me laisser dépasser par les évènements. Par … la mort de Tommy. J’avais tout fait pour l’aider. L’accompagner. Lui rendre la vie plus « douce » jusqu’à son dernier souffle. J’avais essayé oui. Et maintenant je m’occupais de tout pour que ses parents ne soient pas trop débordés après. Pour essayer de leur faciliter les choses. Pour … Et pourtant je n’étais pas pour le port d’arme. Pour tout ça. Mais c’était pas à moi de les juger. Non ? C’était idiot. Je ne concevais pas le besoin de l’américain moyen a avoir besoin d’une arme chez soi pour se sentir en sécurité. Et je savais que c’était à cause de ça que Tommy était mort ce soir. Mais c’était à moi de juger? J’évitais de regarder Madame Edgecombe qui disais ses derniers aux-revoir à son enfant. Je terminais les papiers. Qu’ils n’aient pas à revenir ici. Dans ce lieu ou leur petit garçon avait terminé sa vie beaucoup trop tôt!

Et j’allais à autre chose. Il y avait des avantages à bosser dans un hôpital. On pouvait « fuir » la douleur. Bon c’est peut être pas formulé de la bonne manière. Mais je veux dire, quand on perd un patient, on peut toujours aller en néo-nat, en gynéco et voir les bébés qui viennent de naitre. Une vie perdue, une vie donnée. Ca ne rattrape en rien la mort, mais ça met un peu de baume au coeur. Ca nous évite de penser que la mort fait partie du métier de penser que la vie, elle aussi, en fait partie. Et pour moi il était plus facile de se « divertir » ici qu’en Afrique où il n’y avait que le néant et le sable à perte de vue pour se remettre du décès de quelqu’un. Mais ici je pouvais toujours compter sur les urgences pour trouver quelque chose d’autre pour me changer les idées. Et pour me prouver raison il y avait eu du grabuge. Un infirmier se serait fait cogner. Bon allez, du travail pour moi. Autant s’occuper du personnel aussi, on s’occupe beaucoup des patients, mais qui s’occupe de nous?

C’était Lenyn. L’infirmier de pédiatrie que j’avais déjà pas mal de fois croisé. C’était assez marrant comment j’étais différente quand il était là. Je saurais pas expliquer pourquoi, mais … c’était comme ça. Il me faisait sourire. Je sentais quelque chose de spécial en lui, peut être son sourire, ou tout simplement sa manière d’être avec les patients. Toujours agréable, sensible et à l’écoute. Je souriais doucement, la scène me semblait irréaliste et je me demandais tout de suite pourquoi il était ainsi, pourquoi il devait avoir besoin de cette compresse. Qu’est ce qu’il avait ou qu’est ce qu’on lui avait fait. Qui pourrait vouloir lui faire du mal. Non je suis définitivement trop naïve. Trop naïve pour mon propre bien. Je sentais qu’il était un peu gêné. Comme s’il avait honte. IL y avait une tension tout à fait palpable dans notre petit isoloir alors qu’au dehors les urgences étaient …. hé bien … les urgences.

Je devais être professionnelle et j’étais là pour le soigner. Alors … je faisais ce qu’il fallait pour. D’abord observer un peu l’étendue des dégats. Son discours me surpris un peu? Je n’étais pas vraiment habituée aux compliments. Mais quand comme ça ils étaient prononcés de manière toute innocente et tellement sincère. J’étais encore plus touchée. Et quand j’étais touchée. Je rougissais, je devais avoir l’air d’une tomate bien mûre maintenant. Raison de plus pour se retirer -deux secondes- afin de se laver les mains. Le contact de l’eau me fit le plus grand bien mais je n’allais pas jusqu’à m’en passer sur le visage, ça aurait pas été vraiment très … professionnel!  "J'aurais pas cru que tu l'savais... J'ai un peu tendance à passer inaperçu donc... Mais, en tout cas, continue comme ça, les patients t'adorent... Et puis, t'en as p'tet perdu un ce soir mais il paraît que t'es restée jusqu'à la toute fin, ton titulaire voit quelque chose en toi, c'certain." je souriais un petit peu. C’était plaisant à entendre. J’étais pas du genre à demander ce qu’on pensait de moi. « Tu passes pas inaperçu pour moi » dis-je doucement avec un petit clin d’oeil avant de réaliser qu’il pourrait le prendre pour de la drague. Enfin peut être qu’au fond s’en était. J’en savais trop rien à vrai dire, ça faisait trop longtemps, je savais plus comment ça fonctionnait. Et puis la drague n’avait pas lieu d’être. J’étais ici pour le soigner. « Je pouvais pas le laisser seul …  » dis-je doucement en préparant la première compresse. Celle pour nettoyer. Je le faisais sans me faire prier. En essayant d’être le plus douce possible. Et puis … le désinfectant. J’essayais d’être encore le plus habile possible et ne pas garder la compresse trop longtemps en contact avec la plaie. Pour me renseigner, et aussi lui faire penser à autre chose qu’à la « douleur » que je lui infligeais je lui demandais de me raconter ce qui s’était passé.  "Ce qui s'est passé? J'dirais que j'étais hors de mon champ de compétences alors j'ai payé. Le père d'une patiente m'a pris pour un punching ball au lieu de sa fille parce que je lui ai procuré des conseils pour qu'elle sorte de son joug... Il a pas apprécié mon intervention. J'voulais juste qu'elle arrête de souffrir à cause de ses parents, c'plus possible d'avoir encore ça en face, fallait que j'fasse quelque chose, c'était débile." Je restais à le regarder la bouche grande ouverte quelques secondes. Oh. Je m’attendais pas à ça. "Tu faisais comment pour vivre face à tout ce malheur quand t'étais dans l'humanitaire? J'aurais bien eu besoin d'ta force ce soir." je haussais les épaules. « Je sais pas si tu étais déplacé. Enfin je veux dire, N’importe qui à ta place aurait réagi comme ça » je soupirais. « A commencer par moi. » dis-je en faisant un petit sourire en coin et allant fouiller dans la petite armoire à côté du lit pour trouver le matériel pour les points de sutures. « C’était pas débile. Ca veut dire que tu te soucies des autres. » dis-je en ouvrant le matériel stérile. « Ca veut dire au contraire que tu fais bien ton travail. » Je levais les yeux vers lui. « Ca n’est que mon avis. Mais … j’pense pas que tu aurais eu besoin de ma force ce soir. » je m’approchais de lui et orientais doucement de ma paume son visage de manière à pouvoir commencer. « Ce que tu as fait, c’était très brave Lenyn » soufflais-je doucement à quelques centimètres. « Je vais essayer de pas te faire mal » Heureusement, en Afrique on apprend bien rapidement à faire des sutures. Et les miennes étaient toujours réussies!
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Dim 6 Déc - 15:09

On ne pouvait pas lutter contre une évidence. Et si Lenyn s'était efforcé de mettre de côté sa douleur ces dix dernières années et plus encore, aujourd'hui, il n'était plus en mesure de le faire. Le jour où il était devenu infirmier en pédiatrie, il avait dit adieu définitivement à cette torture qu'il s'était infligé depuis sa libération lorsqu'il avait quinze ans. Il était devenu un homme présent pour sauver d'autres vies, il n'était pas un chirurgien certes mais toutes les petites attentions qu'il pouvait donner aux patients pouvaient changer beaucoup de choses pour eux. Son chagrin n'avait plus compté depuis lors et c'était bien pour cela que Lenyn ne pensait jamais à ses parents, ce qu'ils devaient vivre en prison et ce qu'ils feraient s'ils étaient amenés à sortir un jour... Non, il était né pour être infirmier et s'il n'avait pas de vie privée, ce n'était pas si grave puisqu'il n'avait aucune idée de ce que c'était en réalité. Avery s'était fait plusieurs amis à l'hôpital mais en dehors, c'était une autre paire de manches. Il n'allait pas dans les bars, ni dans les restaurants, parfois, lorsqu'il voulait aller faire les courses, il était obligé de demander à sa mère adoptive comment se comporter. C'était dur de s'intégrer dans un monde qu'on avait oublié pendant plusieurs années. Les réflexes étaient revenus petit à petit et s'il n'était toujours pas le roi de l'exubérance, Lenyn arrivait à être drôle et plaisant dans bon nombre de circonstances. Il savait que c'était une qualité importante dans son métier. Ce qu'il ne savait pas, c'était que dans la vie, il n'y avait pas seulement le travail qui comptait, il y avait des envies que tout le monde possédait mais que lui n'arrivait pas à définir. Lorsqu'il se promenait dans la rue pour rentrer chez lui ou pour venir au boulot, Lenyn croisait fréquemment des couples main dans la main, il avait même été témoin d'une demande en mariage au milieu d'une parc un soir... Il n'arrivait pas à comprendre cette boule au ventre qui le prenait quand il souriait devant ce genre de spectacles. On ne lui avait jamais expliqué que c'était normal d'aimer et de vouloir être aimé. Avec lui, il n'y avait que la haine, cette haine indestructible qu'il avait lu dans le regard de ses parents pendant des années, cette haine dure et implacable qu'il avait senti sur lui quand les rumeurs le définissaient comme le meurtrier de son petit frère. Toute sa vie, Lenyn n'avait vécu qu'embourbé dans un flot de haine et d'indifférence qui lui avait fait oublier qu'il méritait quelque chose d'autre, peut être. Alors, comment définir ce qu'il ressentait lorsqu'il croisait la silhouette blonde dans les couloirs? Comment oublier que parfois, la nuit, il se réveillait d'un cauchemar, en sueur et qu'il imaginait son sourire pour calmer ses palpitations? Pour lui, c'était incompréhensible, c'était une sensation sur laquelle il ne pouvait pas mettre de mots et c'était douloureux, tellement douloureux. Alors que ce soit elle, uniquement elle, qui ouvre ce rideau pour réparer les dégâts infligés par un autre père de famille violent, c'était certainement un des plus beaux cadeaux que le monde lui ai fait.
Toby. Interne. Survivante du continent africain. Elle avait tant vécu elle aussi. Et même si Lenyn n'avait connaissance que des quelques bribes qu'il avait pu entendre dans les couloirs de l'hôpital, il savait fort bien qu'elle était courageuse et forte. Elle avait peut être le surplus de caractère qu'il n'aurait jamais. Lenyn s'était forgé dans la douleur, c'était évident et depuis, il avait la sensation d'être cette personne qui n'avait rien à offrir. Peut être qu'à force de le répéter à un être humain, celui-là était obligé de le croire. Lenyn n'était plus le gamin généreux, joueur, souriant, taquin et affectueux qu'il avait pu être. Il en avait conscience parce que le toucher était une mission qui était presque impossible. Il en souffrait, vraiment. Clairement, depuis qu'il était entré dans cet hôpital pour la première fois, les contacts qu'il avait eus s'étaient toujours restreints à ses patients. C'était bizarre d'ailleurs mais il n'y avait qu'avec ces gens là que Lenyn arrivait à être totalement lui même. L'explication devait être simple: ses patients, c'était lui. Le lui qui avait vécu enfermé dans une cave de ses dix à ses quinze ans. Ce lui qui avait souffert le martyr à n'en plus savoir son nom et à fermer les yeux pour ne pas avoir à affronter son reflet dans le miroir au quotidien. Il ne pouvait que toucher ce qui lui ressemblait, finalement. Et voilà que Toby était la première personne à sortir de cette catégorie et qui arrivait à poser la main sur son visage, innocemment certes, avec un but précis, mais c'était déjà un pas en avant gigantesque pour Lenyn.
Il souriait, uniquement pour elle, étant donné que la soirée n'avait pas été aussi belle qu'escompté. Il rougit même lorsqu'il la vit lui faire un clin d'oeil en entendant une phrase qu'il n'avait probablement jamais entendu de toute son existence. "Tu devrais pas dire des choses comme ça, tu dois certainement ruiner le code de conduite du médecin... Tu sais celui où les infirmiers ne sont que leurs esclaves." Il riait ensuite parce que Lenyn avait de la chance, il n'y avait que peu de chirurgiens dans son service qui le traitaient ainsi. La suite de la conversation était moins charmante bien entendu: la mort les entourait, surtout ce soir là où tellement de patients avaient péri. Il y avait des périodes où on ne pouvait rien faire: la fatalité gagnait toujours et forcément, il fallait que cela tombe sur les heures de garde cette semaine précisément. Lenyn hocha la tête en la regardant avec des yeux tendres. Il y avait peu de choses qu'il ne pouvait pas contrôler et son regard faisait partie de cette catégorie. On pouvait se rendre compte de beaucoup de choses concernant Lenyn rien qu'en lisant au fond de ses yeux, c'était un don que personne n'avait su dompter jusqu'ici cela dit. Il ne put qu'expliquer à Toby ce qui lui était arrivé, il n'y avait pas de quoi appeler les médias, c'était certain mais c'était certainement une sonnette d'alarme pour qu'il prenne des cours de self defense ou quelque chose dans ce genre. Lenyn ne voulait pas se battre, c'était quelque chose qu'il détestait, il était trop gentil pour sortir ses poings, évidemment. "J'espère bien que si ça avait été toi à ma place, il t'aurait pas frappé, j'aurais détesté ça. J'aime pas sortir d'mes gonds, vraiment pas." Il s'exprimait mal parce que justement, c'était une émotion qu'il n'arrivait pas à définir. Si Toby était blessée, il n'était pas certain de la manière dont il réagirait mais il se doutait que ce ne serait pas très bien et c'était ce qu'il avait tenté de dire en baissant son regard vers le sol, un peu gêné. "J'espère... J'ai que ça, mon travail. Et j'suis presque certain que j'dirais jamais non à avoir ta force en plus de la mienne. C'parfois dur d'se retrouver à bosser ici..." Lenyn n'avait pas besoin d'élaborer sa liste d'arguments, Toby devait le savoir elle aussi. Ils avaient choisi une ligne de métier difficile, qui faisait mal les trois quarts du temps mais c'était aussi ce qui les valorisait. "Vas y franchement, j'suis insensible à la douleur physique maintenant." Il se mit à rire alors que l'aiguille s'approchait de son visage. En un sens, c'était vrai. Depuis la cave, la douleur physique n'était pas ce qui l'effrayait, c'était la mentale qui le tuait surtout. "T'as même l'droit de me défigurer si tu veux." Son regard se tournait vers les yeux de Toby, sourire dehors. Il n'avait jamais été aussi proche de quelqu'un, c'était certainement pour cette raison qu'il avait un mal fou à respirer tout d'un coup et que son coeur était dur à maîtriser. Il ne comprenait que peu ce qui se passait mais il était certain d'une chose: Toby était belle.
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Mar 8 Déc - 22:01

The fire's found a home in me.


Est ce que l’on pouvait être perdu en sachant totalement où on était? C’était peut être con hein. Mais c’était pourtant bel et bien ce que je ressentais parfois depuis que j’avais reposé le pied sur le continent américain. Pourtant j’étais une américaine pure souche. Née ici. Elevée ici. Avec de l’argent avec ce qu’on veut. Même trop d’ailleurs. Et pourtant j’avais cet étrange sentiment de n’avoir aucune place. Aucune appartenance à ce monde. A cet endroit. Cette terre nourricière qui m’avait élevée. J’avais souvent l’impression que je n’étais plus que l’ombre de moi même depuis que j’étais revenue d’Afrique. Certain appellent ça le PTSD. Moi j’en sais rien en fait. Juste que ce soir j’ai ce sentiment parce que la mort m’a rattrapée. Parce que j’ai pas su sauver ce gosse. Là bas c’était différent. La bas il n’y a pas tout ce qu’on a a disposition ici. Là bas …

Lenyn était fragile. C’était une chose que j’avais notée mais que je m’étais bien gardée de dire à voix haute. Cela ne me regardait pas. Je sentais qu’il était marqué. Comme nous tous. Mais étrangement. Qu’il le soit, lui ça m’importait. C’était comme si. C’était d’une injustice sans nom. Il était trop gentil. Trop attentionné pour être triste. Il avait cette manière de réconforter les enfants ou les autres. il avait une place, un but. Il était … il méritait d’être là. C’était certain. Lenyn c’était quelqu’un de pur. A mes yeux en tout cas. Il ne méritait pas ça. Ces points de suture que je devrais lui prodiguer. Je sentais mon coeur s’accélerer doucement. Sans savoir pourquoi. Sans comprendre que c’était en réalité lui qui me faisait cet effet. Parce que j’avais plus vraiment l’habitude de ça. De sentir mon cour s’emballer quand on est près d’une personne à qui on tient. Pourquoi. Comment tiendrais-je à lui. Je ne le connaissais pas. Il ne me connaissait pas. Pourtant quand je plongeais dans ses yeux magnifique, j’avais l’impression que rien de plus ne pouvait être dit. Qu’il me comprenait autant que je le comprenais. C’était déroutant. "Tu devrais pas dire des choses comme ça, tu dois certainement ruiner le code de conduite du médecin... Tu sais celui où les infirmiers ne sont que leurs esclaves." je hochais les épaules avant de répondre simplement « Je dis ce que je veux. Puis … je suis qu’une interne. » je me laissais aller à mes automatismes pour éviter de trop penser. De trop analyser. C’était -selon Sebastian- mon plus gros défaut -enfin non il vous dirait un de mes plus gros défauts- je réfléchissais toujours à tout.

J’étais choquée de savoir qu’il avait été impliqué dans une bagarre. Mais en sachant le fin mot de l’histoire, c’était plus clair. C’était même héroïque. Pourquoi est ce que personne ne lui avait prêté main forte ou ne l’avait pas défendu? J’aurais, il est clair, eu la même réaction. "J'espère bien que si ça avait été toi à ma place, il t'aurait pas frappé, j'aurais détesté ça. J'aime pas sortir d'mes gonds, vraiment pas." je fronçais un petit peu les sourcils. Je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait dire. « Je sais me défendre. T’en fais pas Rambo. » dis-je avec tendresse. C’était ce qu’il m’inspirait au fond. De la tendresse. Il me rappelait les bonbons au miel. Ceux qu’on garde bien au chaud dans sa poche. Ceux qu’on apprécie et dont on garde le gout plusieurs heures. Ceux qui nous rendent invincibles. "J'espère... J'ai que ça, mon travail. Et j'suis presque certain que j'dirais jamais non à avoir ta force en plus de la mienne. C'parfois dur d'se retrouver à bosser ici..." je me retournais pour le regarder. Le matériel en main. « Oui. C’est certain. » je souriais un petit peu. « Hésite pas à venir me demander ma force alors! » dis-je en élargissant mon sourire. « Je veux bien t’en passer quand tu veux. »

Les chose devenaient un petit peu plus délicates. Je savais très bien qu’il allait avoir un peu mal. Et étrangement, l’idée de lui faire mal. De nouveau -bien que j’ignore qu’il y ait été habitué par le passé- me dérangeait. Je ne voulais pas. Mais je n’avais pas le choix. Je me mordais un peu la lèvre inférieure. "Vas y franchement, j'suis insensible à la douleur physique maintenant." je m’arrêtais une seconde et là. A quelques centimètres de lui. Mon souffle s’échouant sur son visage endolori. J’étais sans voix. Il me fallu quelques secondes de plus pour réaliser. Ma main se crispait autour de l’aiguille et son rire me perturbait beaucoup. "T'as même l'droit de me défigurer si tu veux." j’étais sans voix. Et ses yeux. Ces yeux qui me regardaient comme s’ils sondaient les profondeurs de mon âme. Ses yeux perçants et empli d’une espèce de … douceur amère. Je sentis les larmes monter à mes yeux. Je ne savais pas ce qu’il fallait comprendre. Je devais me reprendre. « Non » dis-je en commençant délicatement mon ouvrage. L’aiguille pénétrait une seconde fois dans sa peau et je sentais une larme couler le long de ma joue. Je me concentrais sur lui et décidais de ne pas parler. Je ne pourrais pas avant d’avoir fini. Chaque point, chaque larme. Je fermais les yeux un peu une fois fini. Posais d’une main fébrile les instruments sur la table et reculais jusqu’à ne plus pouvoir l’atteindre de la main. J’avais mal. Je ne savais pas pourquoi précisément. Je n’avais pas les mots. J’étais d’habitude si heureuse, pleine de vie et du genre à voir le côté en couleurs de la vie. J’avais là … pas de mots. « Personne ne devrait avoir le droit de te défigurer » murmurais-je doucement avant de me rapprocher de lui sans m’en rendre compte moi même et poser mes lèvres sur la plaie de son arcade fraîchement réparée. « Personne » soufflais-je de nouveau en fermant les yeux.
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Ven 11 Déc - 22:57

Il y avait des rencontres qui pouvaient changer une existence toute entière, sans le savoir, surtout sans le savoir. Lenyn ne réalisait probablement pas que le jour où il était entré dans cet hôpital, il avait scellé à jamais son destin entre ses murs. C'était ici qu'il avait tout vécu, entre les salles d'examen et les salles de repos, en passant dans les couloirs des étages vides et ceux bondés des urgences. Il s'était habitué à cet atmosphère particulier, à cette ambiance que peu de gens arriveraient à supporter, c'était devenu sa vie plus que son métier. Et au milieu des patients, de la peur de se confronter à ses incapacités, il y avait ces rencontres. C'était certainement anodin au départ: un regard, rien de plus, voire même un sourire quand on se sentait d'humour ténébreuse mais jamais plus. Il n'y avait pas le temps pour ces choses là, la mort était partout, jamais ailleurs et Lenyn comme n'importe qui d'autre avait un devoir à accomplir, un devoir qui pouvait changer des vies à jamais. Pourtant, les semaines passaient, les années même et les regards du début se transformaient instinctivement pour aboutir à une autre feuille de route: l'amitié. Oui, celles qui se créaient dans les salles d'opération, celles qui se terminaient devant un verre au comptoir du bar du coin et celles qui s'épanouissaient dans les moments douloureux. Le bonheur avait toujours sa place au milieu de tout ce tintamarre parce que les amitiés florissaient pour le vivre, même si ce n'était que des instants volés entre souffrance et nostalgie. L'hôpital était le lieu de toutes les rencontres, des plus farfelues aux plus belles en passant par les plus désastreuses et ce n'était pas parce qu'on faisait partie du personnel qu'on n'y échappait, bien au contraire. Lenyn avait tissé des liens avec des collègues, des supérieurs et finalement sa vie était la leur. C'était ainsi que tout cela fonctionnait. C'était comme un champ de bataille gigantesque où des soldats parés de blouses blanches se retrouvaient pour former la chaîne de la survie, celle qui pouvait autant les entraîner vers le gouffre que les sortir d'une tempête impétueuse. L'important, c'était d'être ensemble, de se lier envers et contre tout, sauver des vies aux dépens de la sienne, donner aux autres pour se pardonner soi-même, il n'y avait que cela qui comptait véritablement quand on choisissait ce corps de métier, consciemment ou non. L'amitié était un moteur mais tout le monde savait que ce n'était pas toujours cette entrée qui changeait une vie, dans le cas de Lenyn, si, tout avait commencé par là, c'était certain. Rien ne restait stable pour autant et il ne se doutait pas forcément qu'en se prenant une derouillée pareille, sa vision de tout en serait transformé.
Internes et infirmiers étaient de ceux qui prenaient le temps de tout analyser, des soins jusqu'au traitement psychologique des patients et cette fois, c'était Lenyn ledit patient. Il n'y avait aucun doute que Toby était un excellent médecin, elle ne s'en rendait pas compte, c'était la concurrence et la difficulté de l'internat qui enfermait les femmes comme elles dans des moments de doute certains. Lenyn, lui, n'avait aucune hésitation à lui dire qu'elle était importante, que l'hôpital ne s'en portait que mieux depuis qu'elle avait décidé de rentrer de sa mission humanitaire. Ici, elle était utile et peut être qu'il ne se rendait pas compte que c'était pour lui qu'elle était le plus utile. Certes, elle était en train de réparer son arcade sourcilière qui en avait bien besoin mais psychologiquement, sa présence valait bien plus encore. "Une interne futur médecin... Cette nuance compte, l'oublie pas. J'resterais infirmier quand tu seras la big boss de ton service." Il souriait parce qu'il ne voulait que cela pour elle, que sa carrière soit la plus intéressante possible et en vue de son talent, Toby ne pourrait pas être en échec, Lenyn en était persuadé. Lui était plus faible en comparaison, il était toujours touché en plein coeur par les situations des patients et cela devait expliquer la position dans laquelle il s'était mise ce soir là. "J'en doute pas que tu saches te défendre sinon tu en serais pas là... J'profiterais pour t'voler un peu de force le prochain coup, ça c'évident." Il ne savait pas vraiment comment réagir mais heureusement, Lenyn n'avait plus à parler, juste à rester immobile et attendre que le mauvais moment soit passé. Pour lui, ce n'en était pas un, le fait qu'on le répare là où il avait toujours été démantelé de toutes les manières à cause de ses parents, était un acte de bonté qui l'émouvait toujours même dix ans plus tard.
Le silence l'étouffait cette fois, Lenyn n'était pas habitué à tout cela. Rester assis là, sans rien faire, ça, il y était habitué après des années enfermé dans une cave à attendre le lever du soleil, en vain. Mais avoir sur lui un regard comme celui de Toby, ça, il ne maîtrisait pas, encore moins qu'une larme coule sur sa joue. Être témoin de ce spectacle l'émouvait sans en connaître la raison, tout ce que Lenyn savait, c'était qu'il voulait comprendre, tout comprendre. Il restait là, ses yeux se relevant vers le visage de Toby au moment où elle prononçait ses quelques mots. Il ne bougeait pas d'un cil, restait tout bonnement interdit. Il n'avait jamais vu de la bonté ou de la compassion naître envers lui avec autant de pureté que celle de la jeune femme. "Pourquoi..." C'était la question qu'il s'était toujours posé, dans le fond. Pourquoi lui? Pourquoi les autres? Pourquoi lui avoir infligé cette souffrance? Pourquoi réparer la plaie béante de son coeur comme Toby le faisait? Simplement pourquoi. Et ce pourquoi restait dans les air alors qu'il sentait les lèvres de l'interne se poser sur son arcade. Lenyn ne respirait plus, momentanément. Parler à ce moment là fut un miracle. "Si tout l'monde a le droit d'me défigurer... Mais pour ce qui est de me rafistoler, c'est réservé aux personnes comme toi." Et Lenyn ne pouvait pas la regarder, c'était douloureux d'avouer des belles paroles qui venaient du coeur. Heureusement que son instinct de pureté reprenait le dessus au moment où sa main, timidement vint effacer la larme qui coulait encore sur la joue de Toby. Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il releva les yeux vers elle. "Tu dois pas pleurer pour les gens comme moi. Mais sourire, c'de ça qu'on se nourrit... D'ton bonheur." Et de sa beauté, oui, mais il ne pouvait pas vraiment le dire, juste le signifier à travers l'intensité de son regard. Lenyn n'avait plus que cela pour exprimer, cela et son pouce qui caressait la douce joue de la médecin. Rien de plus.
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Sam 12 Déc - 0:33

The fire's found a home in me.


Cet endroit c’était une nouvelle chance. Un nouveau départ. Une possibilité de reprendre une vie. De continuer la vie plutôt. Si je souriais tout le temps, il y avait pourtant des moments où je me souvenais de ce qui m’avait fait revenir au monde  « réel ». Cette détonation. Ce moment horrible qui avait eu raison des jambes de Sebastian. Des vies de ces enfants, adultes … Oui c’était horrible. Il fallait continuer pourtant. En souriant. J’étais toujours en vie. J’étais toujours là. Et je devais continuer à vivre pour ceux qui n’étaient plus là. Peut être que c’était pour ça que j’avais beaucoup de mal à gérer la mort. Parce que … j’y avais échappé. Et parce qu’il fallait donc que je sois heureuse d’avoir été épargnée. C’était pas forcément évident, mais, la plupart du temps … je crois que j’y arrivais.

J’étais bien avec lui. C’était un petit peu étrange. Mais en même temps aussi très agréable et surprenant. Il m’inspirait une confiance sincère et un petit je ne sais quoi. Il était captivant en fait. Et je suis sûre qu’il n’en était même pas conscient. Il se pensait probablement inaperçu. D’ailleurs oui, puisqu’il ne pensais même pas que je connaisse son nom. Mais si. On le remarquait. Et en bien. Je n’ai jamais entendu personne rien dire de mal ou de négatif à son sujet. Ca voulait tout dire. Non? Il me tirait toujours un petit sourire. Savoir qu’il était dans le coin avait toujours le don de me rassurer et m’apaiser. Et donc, oui, je le remarquais. "Une interne futur médecin... Cette nuance compte, l'oublie pas. J'resterais infirmier quand tu seras la big boss de ton service." je souriais et haussais les épaules. « C’est pas forcément l’avancement qui compte. C’est surtout la qualité de ce qu’on fait. » je rougis un peu, très peu habituée aux compliments. « Et même médecin, je continuerai à remarquer et respecter les infirmiers. » dis-je simplement, pensant chacun de mes mots. « Au lieu de se tirer dans les pattes on devrait plutôt bosser ensemble. C’est bien mieux pour les patients. » je ne relevais pas tout de suite le fait qu’il m’imagine déjà « big vos » d’un service. « Mais … je ne sais pas si je serai un jour big boss. Tu sais … j’pense pas avoir les épaules pour ça. » en réalité diriger les gens me faisait un petit peu peur. Je n’étais pas le genre de personne à donner des ordres. C’était pas du tout moi. Pas que je sois une suivante, mais … c’était beaucoup de responsabilité. Et puis peut être aussi qu’au fond de moi je ne m’en sentais pas capable. Qui sait.

Nous parlions ensuite de ce qui s’est passé ce soir. C’était assez mouvementé, mais c’était souvent comme ça aux urgences. Là c’était tombé sur lui. Et j’étais assez heureuse -je devais bien l’avouer- que ça soit à moi de me retrouver à m’occuper de lui. Oui c’était bizarre. J’aimais être là quand il était dans le coin. Inconsciemment je faisais toujours tout pour traîner dans les parages. Du côté de la pédiatrie. Au risque de tomber sur Frances d’ailleurs! J’avais jamais réellement connu ce genre de situations. Je ne savais donc pas réellement ce que voulait dire cette espèce d’attirance pour Lenyn. Sa présence dont j’avais « besoin ». Parce que c’était totalement inconnu. J’avais pas vraiment connu l’amour, ou du moins l’affection hormis Artie, il fallait bien le reconnaitre. Alors peut être que c’était pour ça que je ne comprenais pas le petit pincement au coeur que j’avais quand je le voyais. Mes oreilles qui rosissaient un petit peu. Ou bien tout simplement ma gêne un peu palpable maintenant. Ou le regard reconnaissant que je lui lançait après ses compliments. Parce que ça me faisait plaisir d’être complimentée. Mais ça me faisait aussi plaisir que ça vienne de lui précisément. "J'en doute pas que tu saches te défendre sinon tu en serais pas là... J'profiterais pour t'voler un peu de force le prochain coup, ça c'évident." et encore une fois. Je sentais mon pouls s’accélérer. Je rougissais et hochait positivement de la tête. « Je t’en prêterai volontiers. »  Est ce que c’était ça? L’amour. L’affection ? Avec Artie ça avait été immédiat. Mais Lenyn, c’était différent. C’était un petit peu chaque jour. Comme si chaque vingt-quatre heure apportaient un petit quelque chose à son édifice. Et c’était des petits sourires, des regards furtifs. C’était … ses réactions. C’était la sensibilité qu’il avait. Et puis … chaque larme sur mon visage alors que je ne savais pas vraiment pourquoi elles étaient là. Un trop plein? Une émotion trop forte d’être en sa présence. Ou alors la compréhension qu’il y avait beaucoup plus qu’un infirmier un petit peu timide derrière ces yeux magnifiques que possédaient Lenyn.

Mes larmes coulaient, sas s’arrêter. Sans pouvoir. Ou sans vouloir. Je ne pouvais pas. Sa pureté. Son innocence contrastaient de manière beaucoup trop violente avec la brutalité de ses paroles. Le défigurer. Je me concentrais sur mon travail. Sur son visage qu’aucune violence ne devrait troubler. Car il ne le méritait pas. Je me centrais sur l’aiguille. Le fil. Piquer. Tirer. Recommencer. Sentir le sillon humide se creuser sur mon visage. Cette trainée salée. Non, non. Personne ne pouvait le défigurer. "Pourquoi..." je sentis mon coeur se soulever. Son innocence me crevait le coeur. Pourquoi!? Mes lèvres frôlaient son arcade sourcilière fraîchement réparée sans pour autant s’y attarder trop. Je ne voulais pas prendre le risque de le faire souffrir un peu plus. je ne voulais pas appuyer dessus. Ou laisser mes larmes se mêler à la plaie. "Si tout l'monde a le droit d'me défigurer... Mais pour ce qui est de me rafistoler, c'est réservé aux personnes comme toi." c’était comme si un poignard me transperçait l’âme. C’était douloureux. Entendre ça. Je faisais doucement « non » de la tête. Non il avait tord. Il avait profondément tord. La sensation de sa main sur ma joue me fit tressaillir un petit peu. L’atmosphère était tendue et terriblement électrique. Sentir mes larmes s’effacer sous ses doigts. Je rouvrais à nouveau les yeux pour le regarder. "Tu dois pas pleurer pour les gens comme moi. Mais sourire, c'de ça qu'on se nourrit... D'ton bonheur." Je me mordis la lèvre. Il m’émouvait. Lenyn. Ce petit bout d’homme qui semblait cacher un si gros secret. Pourquoi. Qu’est ce qui avait bien pu l’amener à penser ça. A accepter la douleur à bras ouvert comme il le faisait. La question me brûlait les lèvres mais je ne la poserais pas. Cela ne me regardait pas du tout. « Lenyn …  » soufflais-je doucement avant de renifler un petit peu. « Personne n’a le droit de te défigurer. Personne ne devrait le faire. » je sentais des fourmis dans mes doigts. « Personne n’aurait jamais du le faire » dis-je évasivement. Je ne savais pas. Je ne demandais pas à savoir. Mais lui. Lui devait savoir qu’il n’y avait aucune normalité à ce qu’il se fasse défigurer. « Mais je te rafistolerais toujours si tu en as besoin » nous ne nous connaissions que peu en définitive, mais je avait dit avec toute mon âme. Avec une sincérité pure. « Je pleure parce que …  » je baissais les yeux un peu. « Je pleure pas pour « des gens comme toi » … je m’en fiche des autres. C’est toi qui m’intéresse.  » dis-je en en disant un petit peu trop. Je me mordais la lèvre encore une fois me dévoilant un peu trop alors je fermais doucement les yeux quand son pouce caressais ma joue avec tendresse. « Je peux pas avoir de bonheur quand je sais que tu penses qu’on peut te défigurer impunément! » soufflais-je du bout des lèvres avant de poser ma main sur la sienne sur ma joue. « Ce ne serait pas un sourire sincère …  »
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Dim 13 Déc - 23:53

La vérité, c'était que Lenyn avait arrêté d'attendre quelque chose de la vie. Il s'était conforté dans cette bulle de vide qu'il avait confectionné depuis qu'on l'avait trouvé recroquevillé sur lui même au fond de la cave de ses parents. Depuis ce jour là, il n'y avait plus jamais eu de larme ni de peine parce qu'il avait tout vécu et peut être qu'inconsciemment, il attendait la libération ultime. C'était peut être vrai ce qu'on disait: que toute la vie servait à réparer les dix premières années que l'on pouvait vivre. On ne se remettait jamais totalement des épreuves de notre jeunesse et Lenyn en était un parfait exemple. Chaque jour était un nouvel obstacle qu'il n'avait jamais appris à surmonter. Avery n'était pas fait pour survivre à la brutalité de ce monde: il ne comprenait pas les attitudes les plus simples. La générosité le dépassait lorsqu'elle lui était destinée parce qu'il n'en avait jamais reçu auparavant. Pendant quinze ans, sa vie avait été reléguée à celle d'un garçon de seconde zone, un de ces enfants qui n'avaient pas su sauver leur petit frère et qui devraient le payer jusqu'à leur dernier souffle. Dès qu'il se levait, Lenyn ne voyait que ce reflet dans le miroir: celui de Carter, de ce gamin plein de vie qui aurait du vivre jusqu'à ses quatre vingt ans quand lui aurait dû périr plus tôt... C'était ce genre de pensées qui comblaient le coeur de Lenyn au quotidien parce que ses parents n'avaient fait que lui répéter qu'il ne méritait rien des autres, si ce n'était leur haine ou l'indifférence. Il avait fini par les croire, c'était ce qui faisait le plus mal quand on était un homme aussi attentionné que lui. Peut être qu'il ne serait jamais ce qu'il aurait dû être, peut être qu'il était destiné à errer dans cette bulle jusqu'à la fin de sa vie. Il fallait espérer que les choses puissent encore changer, que les visages ténébreux de ses géniteurs arrêtent de le torturer la nuit avant qu'il ne se réveille en sueurs, comme claustrophobe dans son léger sommeil. Il n'était plus grand chose, qu'une âme vide qui tentait de continuer sa marche avec cet espoir vain de revivre un jour. Lenyn n'espérait plus grand chose, non, il voulait juste être présent pour ceux qui souffraient encore et qu'on pouvait toujours sauver. Il avait toujours eu ce côté superhéros et c'était d'autant plus vrai qu'il culpabilisait de ne pas avoir pu sauver la seule véritable personne qui ait compté à ses yeux. Tous les jours, les patients se confondaient avec le visage si souriant de son cadet qui lui, ne reviendrait jamais pour le hanter.
Il souriait toujours, Lenyn n'avait toujours eu que cette arme là pour se défendre. C'était certainement insignifiant comme technique mais il n'avait jamais su se battre, encore moins pleurer alors peut être que c'était la meilleure arme qu'il possédait, avec sa sincérité légendaire. "T'as certainement raison. L'important, c'est les patients et j'suis sûr que quoi que tu choisisses pour ta carrière, ce sera ce qu'il faut." Personnellement, il n'avait jamais songé à son avenir. Lenyn n'y avait pas été habitué, il ne pensait déjà pas survivre à l'adolescence et encore moins à une année dans le service, il n'arrivait pas encore réellement à imaginer qu'un lendemain pouvait l'amener vers une nouvelle opportunité professionnelle. A vrai dire, il préférait ne pas y penser, il avait peur de l'avenir, de toutes ces émotions qu'il ne contrôlait pas ces derniers temps et sur lesquelles il n'arrivait pas à mettre de vocabulaire. Il le savait, l'ennemi restait celui là: les mots qu'il ne possédait pas pour se définir. Et lorsqu'il était avec Toby, c'était la sensation qui dominait. Que faire pour lutter? Par où commencer? Quoi dire? C'était tout un tas de questions dont il ne connaissait pas la réponse, qui le faisait suer le soir devant son miroir et trembler le matin en la voyant dans un couloir. Il se retrouvait dix ans auparavant, à ne pas être en mesure d'aligner deux mots sans se couvrir de ridicule. C'était exténuant de vivre avec soi même dans ces cas là et Lenyn n'avait aucune idée de comment réparer ce qui se brisait lorsque la jeune interne était dans les parages.
Peut être qu'il n'avait rien à faire, juste à vivre ces moments là. Ils étaient uniques, cela, Lenyn le pressentait. Rien n'était comparable à la quantité de silences qui voulaient dire tant lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce. C'était peut être ce qui rendait cette rencontre importante, Lenyn n'avait pas besoin d'en faire des tonnes, de parler jusqu'à ne plus en pouvoir, Toby semblait le comprendre sans lui poser des questions. Oui, cela valait de l'or, tout comme le sourire magistral qu'elle lui lança après lui avoir répondu. La force, Toby l'avait. Lenyn l'avait toujours su, ce qu'il ne savait pas, c'était que lui aussi en possédait une. Elle n'était peut être pas de même nature que celle des gens avec qui il travaillait depuis plusieurs années mais elle était réelle et il avait été en mesure de la partager avec les patients, c'était ce qui importait plus que tout. Cela et les larmes de Toby qui roulaient sur sa douce joue pendant que ses doigts s'exaltaient de la pureté de sa peau. Lenyn n'aimait pas qu'on l'approche, il avait du mal à apprécier le contact humain, c'était comme s'il brûlait de l'intérieur, que son corps tout entier se consumait et pourtant, le baiser de Toby sur son arcade l'avait frissonné, tout simplement. Il n'avait même pas tilté qu'elle le touchait et que lui la touchait en réponse, c'était des gestes tout naturels, comme s'il avait toujours agi de cette manière avec tout le monde... Non, c'était juste avec Toby, avec une Toby qui pleurait de le voir abattu et défaitiste, une Toby qui pleurait de son destin incompris, une Toby que Lenyn ne pouvait pas oublier. "Et si j'le méritais avant? Tu sais pas tout ce que j'ai raté, tout ce que j'ai fait d'mal... Peut être que ce poing là, c'était celui que je devais recevoir pour tout ce que j'ai mal fait." Voilà. Le fond de sa pensée depuis le décès de Carter, ce qu'il se répétait constamment depuis près de quinze ans, depuis qu'il était assez grand pour comprendre qu'il avait failli à son devoir. Mais là, il le disait en toute innocence, son regard bloqué sur celui de Toby, effaçant une nouvelle larme en souriant timidement. "Tu devrais pas t'intéresser aux gens que tu peux plus sauver... T'as tant à donner à ceux qui ont encore une chance, tu devrais rafistoler ceux là." Il ne savait vraiment pas ce qu'il disait, Lenyn était dans une sorte de transe qu'il vivait parce qu'il était concentré uniquement sur les traits de Toby. Il s'était relevé du lit, sans faire véritablement attention mais n'avait pas quitté le visage de Toby pour autant. Ce qu'ils vivaient était étrange, comme hors du temps mais c'était aussi ce qui semblait les qualifier. Lenyn sentit alors sa main se poser par dessus la sienne et tout ce qu'il put faire constitua à fermer les yeux, en respirant un grand coup. "J'ai jamais connu de personnes comme toi et c'p'tet la chance de ma vie que ce soit toi qui sois passée par ce rideau cette nuit... Toby, ton bonheur conditionne ceux de tellement de gens. Les patients, les gens que tu as connu en Afrique, c'est d'eux que tu tires ta plus grande force et c'ce que moi, j'admire... J'tire ma force de toi, de ce que j'vois en toi quand tu essayes de sauver un patient, que tu vis dans ta bulle pendant les quelques minutes où la vie et la mort se battent en duel. T'as ce tic lorsque tu fais les premiers secours, c'comme si tu connaissais déjà l'issue pour le patient, t'as ce don là. Le gâche pas. J'ai besoin que tu continues sur ce chemin là, que ton sourire soit sincère quand tu déambules dans les couloirs en sachant que t'as donné ton maximum pour sauver quelqu'un. Moi, j'sais pas grand chose de la vie, de ce que les gens sont censés dire ou faire dans les moments importants mais j'sais une chose: te voir briller, c'est la chose qui me rend le plus heureux quand j'suis entre ces murs." Il avait tellement foi en Toby, il croyait en elle comme personne et c'était tout ce qu'il pouvait encore lui avouer en replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille avant de laisser sa main retomber à ses côtés et son sourire gêné revenir. Lenyn ne comprenait que peu de choses mais il savait que ce moment là en conditionnerait tant d'autres, aussi beaux, aussi forts, voire plus peut être.
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MessageSujet: Re: The fire's found a home in me. ¤ Toby   Lun 14 Déc - 21:56

The fire's found a home in me.


J’étais dans un état tout à fait spécial. C’était une situation qui m’était totalement inconnue. Car oui je ne savais pas du tout ce qui se jouait là. Dans l’air, autour de nous. Dans cet isoloir au milieu des urgences en effervescence bien que l’on soit au milieu de la nuit. C’était monnaie courante ça quand on bossait dans le milieu hospitalier. Alors oui. C’était étrange, il y avait quelque chose dans l’air qu’aucun de nous deux ne semblait réellement comprendre. Ou réaliser. C’était peut être quelque chose à laquelle on ne s’attendait pas non plus à trouver. Pourtant. Il y avait ces petits moments qui auraient pu le trahir. Ses sourires quand il me voit. Mes joues qui rosissent quand on parle de lui. Tellement de petites choses comme ça qui sont pourtant là entre nous deux, qui nous lient sans qu’on ne s’en rende compte. Aveugles à ce qui se fomente très certainement dans notre sillage.

Peut être alors qu’être là avait un but. Une raison. Et sans doute que Sebastian avait raison. J’y allais pour me faire une nouvelle vie. Il m’y avait encouragée. Etait il visionnaire? Est ce que mon meilleur savait que j’allais y faire des rencontres géniales. Qui définiront mon futur? Ou peut être était il juste tout simplement qu’il savait juste qu’il me fallait changer d’air. Changer d’horizon. C’était en effet tout à fait ce dont j’avais besoin. Et il me connaissait très bien. Après de là à dire qu’il savait que ça allait se passer … j’en étais pas sûre. Je n’étais pas une personne qui croyait au « destin ». Aux choses prévues. C’était une chose que je ne comprenais pas vraiment. On faisait des choix, on était acteurs de nos vie, c’était ça qui nous définissait et non pas le hasard du destin. Mais ça, c’était mon point de vue. Peut être que je pourrais en changer. J’en savais rien du tout, mais à San Francisco j’avais rencontré des gens géniaux. Entre Liam mon collègue interne que j’essayais de rassurer de ses compétences indéniables, et puis il y avait des personnes comme Tess que j’aurais pas forcément imaginé comme une personne indispensable à ma vie, c’était pourtant le cas. Et sans déménager à San Francisco. Sans aller faire mon internat au Menphis Wave, je n’aurai pas fait ces rencontres. Et je ne serais pas là, en ce moment même à m’occuper de ce charmant petit bout d’homme qui se retrouvait amoché pour avoir eu trop de conscience professionnelle.

"T'as certainement raison. L'important, c'est les patients et j'suis sûr que quoi que tu choisisses pour ta carrière, ce sera ce qu'il faut." je me mis à sourire un petit peu et essayais de ne pas laisser paraitre le fait qu’en réalité il m’avait vraiment, beaucoup touchée. Il avait tellement de motivation et un positivisme tel à propos de moi que je ne pouvais que m’empourprer. Mais tout changeait. L’atmosphère était électrique. Il y avait une tonne de non-dits qui envahissaient le petit isoloir.  Les larmes. Les points de sutures. Il y avait tellement de choses douloureuses tues quand on le regardait. Quand on écoutait ses paroles avec attention. Qu’on lisait entre les lignes. Et le savoir me glaçait. Me rendait tout chose. Cela m’emplissait d’une telle tristesse que je ne pouvais m’empêcher de pleurer. Je ne pouvais mettre réellement le doigt sur la réalité. Sur ce qui avait pu se passer. Mais je savais que ce qui lui était arrivé avait le don de le faire dire ces choses affreuses maintenant. Me laisser le défigurer, en avoir le droit. C’était … impossible. Non personne ne devrait avoir le droit légitime de défigurer quelqu’un, mais alors surtout pas lui. Lenyn et ses yeux merveilleux. Pourquoi vouloir le ternir. L’empêcher de briller. Je le refusais et le lui disais tout net. Proche de lui. Le visage humide de mes larmes qui avaient coulées sur mes joues roses.
"Et si j'le méritais avant? Tu sais pas tout ce que j'ai raté, tout ce que j'ai fait d'mal... Peut être que ce poing là, c'était celui que je devais recevoir pour tout ce que j'ai mal fait." je fronçais un sourcil avant de le regarder. « Je suis sûre que non. Ce n’est pas possible. Ce poing là était tout aussi déplacé que deux qu’on t’a ou aurait pu te donner. Ce n’est pas normal Lenyn. Ca ne l’était pas ce soir, ça ne le sera pas demain, et ça ne l’était pas hier. » j’étais ferme. Je voulais qu’il comprenne. Qu’il sache. Mais qu’il sache quoi. Que je comprenais? Etais-je sûre de comprendre? Non. Honnêtement, non. Je n’en étais pas sûre.  "Tu devrais pas t'intéresser aux gens que tu peux plus sauver... T'as tant à donner à ceux qui ont encore une chance, tu devrais rafistoler ceux là." je haussais les épaules. « Heureusement que c’est moi et non toi qui choisis à qui je dois m’intéresser alors, pas vrai.  » J’étais troublée.  Par lui. Par la situation. Par cet isoloir qui se transformait de plus en plus en une boule à neige. Vous savez, celle où on n’est plus qu’à deux. Il était là. Et moi aussi. Nous n’étions plus que deux. Seuls au monde. Seuls … et lui … il était … pourquoi est ce que je me sentais comme ça. Je ne connaissais pas cette sensation. Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Cette douleur à la poitrine que je ressentais à l’imaginer être défiguré.
Mais il me surprenait. Une nouvelle fois. "J'ai jamais connu de personnes comme toi et c'p'tet la chance de ma vie que ce soit toi qui sois passée par ce rideau cette nuit... Je le regardais surprise. Il … quoi? J’étais bouche bée.  Toby, ton bonheur conditionne ceux de tellement de gens. Les patients, les gens que tu as connu en Afrique, c'est d'eux que tu tires ta plus grande force et c'ce que moi, j'admire... J'tire ma force de toi, de ce que j'vois en toi quand tu essayes de sauver un patient, que tu vis dans ta bulle pendant les quelques minutes où la vie et la mort se battent en duel. Je n’en revenais pas. Il était sérieux la? J’étais vraiment gênée. Je sentais mon visage rougir et j’avais aucun doute de ressembler à présent à une véritable tomate très mûre. Qu’est ce … quelle mouche l’avait piquée? T'as ce tic lorsque tu fais les premiers secours, c'comme si tu connaissais déjà l'issue pour le patient, t'as ce don là. Le gâche pas. J'ai besoin que tu continues sur ce chemin là, que ton sourire soit sincère quand tu déambules dans les couloirs en sachant que t'as donné ton maximum pour sauver quelqu'un. Moi, j'sais pas grand chose de la vie, de ce que les gens sont censés dire ou faire dans les moments importants mais j'sais une chose: te voir briller, c'est la chose qui me rend le plus heureux quand j'suis entre ces murs." C’était les sutures? Avait il eu de la morphine avant que j’arrive? Est ce qu’il était défoncé? Sa main dans mes cheveux me tiraient un petit soupir avant de laisser mon coeur serré. Il était déroutant. Je ne savais pas quoi dire. Je ne savais pas quoi faire. Que devais-je répondre à ça? Que fallait il répondre à ça? Je le regardais. Non. Pour être honnête. Je le dévorais des yeux. Lenyn était …. il était d’une rare perfection. Rien que son regard là, maintenant, à cet instant précis posé sur moi. Cette foi qu’il nourrissait en moi sans que je ne le sache. Sans que je ne comprenne réellement pourquoi reflétait en quelque sorte, la certitude que j’avais qu’il était une personne bien et qui ne méritait pas la violence. Il ne méritait que la douceur. Le calme. La sérénité. Oui. D’un mouvement brusque et inattendu tout autant qu’en fait profondément réfléchi, je comblais l’espace entre nous de nouveau pour venir poser mes lèvres non sur son arcade mais sur ses lèvres tremblantes cette fois-ci. Ses lèvres qui venaient de prononcer ces vagues de gentillesse à mon égard. Ces lèvres douces et agréables qui me laissaient songeuse. Au bout de seconde qui me parurent une infinité, je me retirais et ne rougissais pas pour une fois. « C’est toi … » dis-je doucement avant de m’éloigner un peu. « c’est toi qui me fait briller » dis-je doucement en souriant un petit peu. Puis je tournais les talons et m’éloignais sans rien dire. Je voulais garder ce moment dans mon esprit. Comme un bien précieux. Un souvenir inaltérable d’une idylle naissante. La promesse d’un futur heureux.

FIN POUR TOBY
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The fire's found a home in me. ¤ Toby
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